Jusqu’au 31 décembre dernier j’étais assistante (catégorie B) au sein d’une médiathèque départementale. Ce, depuis plus de 11 ans. Avant cela, j’avais eu la chance d’expérimenter diverses structures et divers statuts : emploi-jeune en bibliothèque scolaire, vacataire puis contractuelle au sein d’un grand réseau de bibliothèques municipales, et titulaire en banlieue parisienne (là où selon moi j’ai vraiment appris le métier) puis sur une grande agglomération (là où j’ai compris et expérimenté ce qui était aux antipodes de ma vision du métier). Dans cette médiathèque départementale, j’ai vécu des moments de grâââce puis une perte de sens et une grande désillusion.
Jusqu’en 2019 j’avais un métier varié (achat de documents, animation-formation, programmation culturelle, suivi de bibliothèques sur le territoire…) et une cheffe avec qui j’avais de l’autonomie (<3) et où je pouvais être moi-même (diablement efficace et enthousiaste mais dans un joyeux bazar :-)).
Puis une nouvelle « directrice » est arrivée et ce fut la douche froide ou la dégradation progressive de nos conditions de travail. Une directrice fraîchement déplacée d’un autre service à cause de son comportement et qu’on nous a refourguée. Une directrice qui a, d’après mes recherches, des casseroles ailleurs. Ces informations je ne les aies découvertes qu’après son arrivée bien évidemment.
Une directrice qui a fait petit à petit du favoritisme (dont j’ai, contre mon gré, bénéficié donc dont je peux témoigner), qui prend aux cadres A notamment les missions qui l’intéressent ou qui s’impose à toutes les soirées de nos actions culturelles au détriment la plupart du temps d’une personne de l’équipe dédiée, une personne qui n’a aucune perspective pour le service, qui a des sautes d’humeur impressionnantes, qui n’organise pas de réunion de services, qui ne communique pas la même chose à l’ensemble de l’équipe… Bref, elle coche toutes les cases du management toxique.
Petit à petit, l’équipe explose : d’un côté, un petit cercle qui adore la directrice et, de l’autre, une majorité de personnes en souffrance. Suite à une énième réunion où la directrice a joué la cheffe (c’est moi la cheffe c’est moi qui commande!), ma N+1 part en arrêt et, quelques mois plus tard, est reconnue victime de la directrice. Elle passe donc en accident de service mais impossible pour elle de revenir travailler tant que la cause de son accident – la directrice – est toujours en activité au sein de la médiathèque. Pendant 2 ans elle est donc restée à la maison, payée un salaire de cadre A par le département parce que l’administration / les politiques / ??? a/ont laissé la directrice en place. Ce qui est choquant c’est qu’elle n’avait plus le droit de reprendre le travail qu’elle aimait alors qu’elle avait été reconnue victime.
Sur 4 ans, ce sont plus de 4 signalements, dont 2 de cadres A qui sont faits à l’encontre de la directrice. Tous dénoncent des problèmes de comportement. En parallèle, les arrêts maladie puis les temps partiels thérapeutiques se multiplient, les départs aussi. Les syndicats se mobilisent. Que fait la collectivité ? Elle engage un semblant d’audit par le centre de gestion avec une consigne : traiter un problème d’organisation (et non de comportement).
Bilan de ce travail de réorganisation : à l’heure où les finances sont au plus bas et où certains services (comme l’aide sociale à l’enfance par exemple) ont cruellement besoin de recruter, on décide d’embaucher 2 cadres A supplémentaires pour faire tampon (sic!) entre l’équipe et la directrice. Notre organigramme devient complètement déséquilibré : quasiment autant de catégories A que C alors qu’en médiathèque départementale on a vraiment besoin de manutentionnaires. Ceux qui sont partis à la retraite n’ont pas été remplacés.
Et rien ne s’améliore. Au contraire. A force d’être en permanence en hypervigilance, en opposition permanente, d’avoir l’impression de ne pas être écouté·es par notre collectivité, les gens partent ou prennent une disponibilité (risque non négligeable disons-le) comme je l’ai fait. Pour moi, il était grand temps de m’éloigner avant de me faire un ulcère.
Notre service auprès des bibliothèques du département s’appauvrit mais notre directrice maintient une façade qui tend à montrer que tout va bien.
Jusqu’au jour où il y aura un drame.
C’est ma crainte tellement cette personne génère de colère et de violence refoulée.
6 mois après être partie de cette structure je ressentais encore une grande colère qui va mettre du temps à s’estomper totalement.
Mai 2026