Les municipales, démocratie oblige, font l’objet de toutes les attentions des médias. Il y a un phénomène découlant de ces élections qui est lui, largement passé sous silence. Dans les communes ayant changé de municipalité, les agents municipaux font fréquemment l’objet de harcèlement moral de la part des élus nouvellement installés. Ce phénomène est couramment appelé chasse aux sorcières.

Selon une enquête réalisée en 2022 par Ipsos pour qualisocial, près de 1 agent sur 3 du secteur public dit avoir été victime de harcèlement au travail, dont 40 % dans la Fonction Publique Territoriale. Le harcèlement moral représente 70 % de ces harcèlements au travail.

Je n’ai pas trouvé de statistiques concernant le phénomène de chasse aux sorcières proprement dit, tant il est peu documenté. Mon expérience de 37 ans en qualité d’employée communale m’autorise à penser qu’il est très fréquent après un changement de municipalité.

Les causes sont à mon sens multifactorielles. Souvent, les élus continuent « le combat » de la campagne municipale à l’intérieur de la mairie, sans comprendre, qu’à de rares exceptions près, les agents municipaux ne sont pas des politiques : ils sont là seulement pour les servir. D’autres élus profitent d’un statut facilitateur pour embaucher leurs proches et les placer sur des postes déjà occupés. Les élus sans expérience peuvent aussi être manipulés par des agents municipaux peu scrupuleux.

J’ai porté des recours par devant les tribunaux correctionnel et administratif, de manière à faire reconnaître le harcèlement moral que j’ai subi à l’occasion d’un changement de municipalité (l’un d’entre eux a abouti avec succès, les autres sont en cours).

Je souhaite bien sûr obtenir gain de cause. Mais je souhaite tout autant montrer à mes pairs que le silence ne doit plus être la solution. En plus des recours lancés, j’ai écrit symboliquement à mon employeur, Maire d’une commune de 6 000 habitants, une lettre ouverte que je vous livre ici.
Face aux peu de solutions efficaces contre le harcèlement moral offertes par la Loi et mises en place par les centres de gestion territoriaux ou les cabinets privés, il me semblerait logique de rendre obligatoire à tout nouvel élu, une formation qui porterait sur le rôle des employés municipaux et sur le harcèlement moral (sa prévention mais aussi son risque juridique).


Mon propos n’est pas de diaboliser nos élus. Mais de leur faire prendre conscience que les larges pouvoirs dont ils sont dotés ne doivent pas être utilisés pour détruire la santé de leurs agents.

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